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Faut il facturer une robe sur mesure au forfait, au temps passé ou poste par poste ?
Trois ateliers annoncent le même prix pour une même robe et n’ont pas du tout la même marge à la fin. Ce qui les sépare n’est pas le tarif horaire, c’est la manière de construire le prix. Voici les trois méthodes utilisées en couture sur mesure, leurs limites et les cas où chacune tient réellement.
Écrit par Jimenez Julien, publié le , mis à jour le .
La réponse tient en trois lignes, et elle ne dépend pas de votre tarif horaire.
Une pièce nouvelle, dont le patronage reste à créer, se chiffre poste par poste: c’est la seule méthode qui rende le prix discutable sans le rendre négociable. Une pièce déjà patronnée pour une cliente déjà mesurée se chiffre au forfait sans risque, la part imprévisible étant derrière vous. Le temps passé ne se facture que là où le travail ne peut pas être décrit à l’avance: transformation, reprise, sauvetage d’un ouvrage commencé ailleurs.
Le reste de cet article montre comment chaque méthode se construit, où elle casse, et ce que votre prix doit contenir quelle que soit celle que vous retenez.
Le forfait par modèle, lisible pour la cliente, risqué pour l’atelier
Le forfait est la réponse attendue au premier rendez vous. La cliente demande combien coûte une robe, elle veut un chiffre, et vous en avez un.
Comment se construit une grille de modèles types
Une grille de forfaits ne s’invente pas, elle se relève. Reprenez les douze dernières pièces sorties de l’atelier, classez les par famille, et notez les heures réellement passées, pas celles que vous aviez estimées.
- Jupe droite doublée, fermeture invisible, ourlet piqué.
- Robe droite sans manches, doublée, un seul essayage.
- Robe de jour à manches montées, avec toile partielle sur le buste.
- Tailleur deux pièces, veste entoilée et jupe ou pantalon assorti.
- Ensemble de cérémonie, doublure complète et finitions main.
Le forfait se cale sur le haut de la fourchette observée, jamais sur la moyenne. Une moyenne suppose que les pièces rapides compensent les longues, ce qui n’arrive jamais.
Écrivez sous chaque prix ce que la famille comprend: essayages, type de doublure, présence ou non d’une toile. Un forfait sans définition n’est pas un prix, c’est une promesse ouverte.
Les trois situations où le forfait vous coûte cher
- Une morphologie qui impose un patronage complet et une toile là où la grille prévoyait une base retouchée. Vous ajoutez une étape entière au même prix.
- Une matière qui ralentit tout: mousseline qui glisse, velours à sens, dentelle à raccords, coupe en biais. Le temps de coupe et de montage double sans qu’une seule ligne du modèle ait changé.
- Une cliente qui revient sur des détails déjà validés, non par mauvaise foi, mais parce que rien n’a fixé le moment où l’on arrête de décider.
La parade est toujours la même: un forfait s’accompagne d’un périmètre écrit. Nommez la matière retenue, le nombre d’essayages inclus et la date après laquelle une modification devient un travail supplémentaire chiffré. Sans ce cadre, votre grille de prix travaille contre vous.
Le prix au temps passé, juste sur le papier, difficile à annoncer
Le temps passé semble la méthode la plus honnête: vous facturez ce que vous faites. C’est aussi celle qui met le plus de couturières en difficulté.
Ce que recouvre vraiment une heure d’atelier
Une heure d’atelier n’est pas une heure de couture. C’est une heure de fonctionnement d’un lieu de travail, et elle doit absorber tout ce qui ne se facture jamais à personne.
- Le loyer, les charges du local, l’électricité et le chauffage.
- L’entretien, la révision et le renouvellement des machines, fer, table de coupe, miroirs.
- L’assurance professionnelle, les cotisations sociales et la comptabilité.
- La mercerie de service qui ne se refacture pas: fil, aiguilles, craie, papier kraft, épingles.
- Les heures invisibles: devis, réponses aux messages, déplacements chez les fournisseurs, rangement, préparation des essayages, comptes rendus.
- Les semaines sans commande, les congés et les jours d’arrêt.
Avant de fixer un taux, mesurez votre part réelle de temps productif: notez pendant trois semaines les heures passées sur des pièces facturées et comparez les aux heures d’ouverture. C’est cet écart qui décide de votre taux, pas le tarif de l’atelier voisin.
Pourquoi la cliente compare avec un salaire et non avec un coût
Annoncé nu, un taux horaire est entendu comme une paie. La cliente le rapproche du sien, calcule mentalement une journée, et trouve la robe chère alors qu’elle vient de comparer deux choses qui n’ont rien à voir.
Deux sorties fonctionnent, et une seule ne fonctionne pas, celle de baisser le taux. Vous pouvez ne pas afficher le taux et annoncer une fourchette d’heures pour la pièce, révisable seulement si le périmètre change. Vous pouvez aussi l’afficher en le nommant coût horaire d’atelier, en énumérant une fois ce qu’il couvre.
Gardez le temps passé pour ce qu’il fait bien: les travaux dont personne ne peut prévoir l’ampleur avant d’avoir découpé une couture, comme les transformations et les pièces apportées, sujet développé dans notre article sur la place des transformations et des tissus fournis par les clientes. Annoncez alors un plafond d’heures au delà duquel vous rappelez la cliente avant de continuer.
Le prix décomposé par poste, plus long à établir, beaucoup plus solide
La décomposition demande une demi heure de travail de devis. Elle change complètement la nature de la conversation qui suit.
Conception, patronage, toile, montage, finitions
Chaque poste correspond à un travail que la cliente peut se représenter, et surtout à un choix qu’elle peut faire. Une négociation sur un prix global se joue en pourcentage. Une négociation sur des postes se joue en options.
- Conception: entretien d’écoute, croquis, recherche de matières, reformulation écrite du projet.
- Patronage: tracé sur les mesures de la cliente, transformations du modèle, plan de coupe.
- Toile: coupe, montage rapide, séance d’essayage, reports des corrections sur le patron.
- Coupe et montage: placement, coupe, assemblage, pose de la doublure et de la fermeture.
- Finitions: ourlet, boutonnières, agrafes, points main, repassage final.
Quand le total paraît élevé, vous ne défendez plus un chiffre, vous montrez où le prix se loge. Renoncer à la toile, choisir une doublure standard, remplacer un ourlet main par un ourlet piqué: ce sont ses décisions, et vous n’avez rien cédé.
Fournitures, merceries et essayages inclus
Les fournitures sortent du prix de travail et se listent à part. Vous avancez leur achat, vous les choisissez et vous assumez le rachat en cas d’erreur de teinte: cette part se rémunère comme un coefficient d’approvisionnement.
Les essayages, eux, se comptent. Écrivez le nombre inclus, puis le tarif du suivant. Un compteur visible évite la discussion, parce que personne ne découvre la règle au moment où elle s’applique.
Tableau de choix selon le type de commande
Aucune méthode ne convient à tout. Choisissez le mode de chiffrage quand vous savez trois choses: la pièce, la cliente et l’état du patronage.
Pièce répétée, pièce unique, pièce de cérémonie
| Type de commande | Méthode qui tient | Limite principale |
|---|---|---|
| Pièce simple déjà réalisée plusieurs fois | Forfait par modèle | Suppose une matière comparable et une seule toile évitée |
| Pièce unique sur cliente nouvelle | Décomposition par poste | Demande un vrai temps de devis avant de chiffrer |
| Ensemble de cérémonie avec toile | Décomposition par poste, toile en ligne séparée | Le calendrier devient aussi contraignant que le prix |
| Transformation d’une pièce existante | Temps passé avec plafond annoncé | Impossible à annoncer avant d’avoir ouvert les coutures |
| Pièce coupée dans un tissu apporté | Décomposition par poste, contrôle matière facturé | Le risque de métrage manquant reste à écrire |
| Retouche courte sans essayage | Forfait à l’acte | Se dégrade vite si la cliente enchaîne les demandes |
Cliente nouvelle ou cliente déjà mesurée
Une cliente déjà mesurée et déjà patronnée n’est pas la même commande, même si la robe se ressemble. La conception est amortie, la toile souvent inutile, et l’incertitude qui justifiait la décomposition a disparu.
C’est là que le forfait redevient sûr, et qu’il devient même un argument de fidélité: vous pouvez annoncer un prix ferme au téléphone, ce que vous ne faites jamais pour une première commande. Cette bascule vaut d’être suivie dans l’agenda, parce qu’elle transforme la saison creuse en saison utile, comme le détaille notre article sur le rythme d’un atelier de couture sur mesure mois par mois.
Ce que le prix doit contenir quel que soit le mode retenu
La méthode de calcul vous regarde. La manière d’annoncer le prix obéit, elle, à des règles précises dès lors que votre cliente est une particulière.
Annonce du prix, mention hors taxes ou toutes taxes comprises
L’article L. 112-1 du code de la consommation pose l’obligation d’informer le consommateur sur les prix. L’arrêté du 3 décembre 1987 relatif à l’information du consommateur sur les prix précise que le prix annoncé à un particulier s’entend en euros et toutes taxes comprises: la cliente doit lire la somme qu’elle paiera, sans calcul à faire.
Si vous relevez de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée prévue à l’article 293 B du code général des impôts, vos factures portent la mention correspondante et vous ne facturez pas de taxe. Le prix annoncé est alors simplement le prix dû. Les seuils évoluant, vérifiez les chaque année sur le site de l’administration fiscale française plutôt que sur un forum de couture.
Le devis reste votre meilleure pièce: il date le prix, décrit l’ouvrage et fixe sa durée de validité. Le texte consolidé se consulte sur Légifrance, service public de la diffusion du droit.
Ce qui n’est pas compris, écrit noir sur blanc
Une liste d’exclusions courte, toujours la même, ferme la plupart des désaccords avant qu’ils naissent. Elle tient en six lignes sous le prix.
- Les essayages au delà du nombre inclus, avec leur tarif unitaire.
- Les modifications hors périmètre demandées après validation de la toile.
- Les fournitures particulières choisies par la cliente au delà de la gamme prévue.
- Le rachat de matière rendu nécessaire par un métrage insuffisant fourni par la cliente.
- Les frais d’expédition ou de livraison, quand la pièce n’est pas retirée à l’atelier.
- Les retouches demandées après livraison, hors défaut de réalisation.
Retenez donc l’essentiel. Le poste par poste protège les pièces nouvelles, le forfait protège les pièces répétées, le temps passé protège les travaux imprévisibles. Aucune des trois ne tient sans un périmètre écrit, un nombre d’essayages annoncé et une liste d’exclusions lisible. Pour voir ce que donne un chiffrage complet sur une commande réelle, du premier rendez vous à la livraison, lisez notre article consacré au déroulé d’une commande de robe de cérémonie.
Le calcul de prix de Mesurine sépare la conception, la toile, le montage, les finitions et les fournitures, compte les essayages inclus et signale la pièce dont les heures dépassent la marge prévue. Pour le voir appliqué à votre grille et à vos pièces habituelles, demandez une démonstration de Mesurine ou un devis pour votre atelier.
Le même cadre, tenu commande après commande
Mesurine reprend la méthode décrite dans cet article et la tient à votre place : la fiche de mesures, le cahier de commande signé, le prix décomposé, l’acompte daté, les essayages comptés et le délai annoncé. Vous coupez quand tout est écrit.
L’auteur de ce carnet
Jimenez Julien
Jimenez Julien conçoit Mesurine, le cahier de commande des couturières qui réalisent des pièces sur mesure pour des clientes adultes. Il a relu, dans des ateliers français, des dizaines de devis, de fiches de mesures et de comptes rendus d’essayage avant d’écrire la première ligne du produit.
À lire aussi
Trois autres pages du Carnet de mesures
Comment se déroule une commande de robe de cérémonie, du premier rendez vous à la livraison ?
Une cliente de cinquante quatre ans veut une robe pour le mariage de sa fille, dans quatre mois.
À quel moment de l’année faut il ouvrir vos commandes de tenues de cérémonie ?
Un atelier de couture sur mesure ne travaille pas au même rythme toute l’année.
Comment la demande de réparation et de transformation change elle votre métier de couturière ?
Les clientes n’arrivent plus seulement avec une photo d’inspiration: elles apportent une veste héritée, un tissu acheté en ligne, une robe à reprendre après une perte de poids.