Aller au contenu principal
Mesurine

reglementation 10 minutes de lecture

Une cliente peut elle annuler une commande sur mesure déjà lancée dans votre atelier ?

La cliente a validé le croquis, vous avez coupé la toile, et elle annonce qu’elle change d’avis et demande le remboursement de son acompte. Beaucoup de couturières cèdent par crainte du conflit. Le code de la consommation est pourtant clair, à condition de savoir où la commande a été conclue et ce qui avait été écrit avant.

Écrit par Jimenez Julien, publié le , mis à jour le .

Couturière et cliente assises face à face à une table de coupe, la cliente relit un cahier de commande imprimé posé entre deux tasses et un mètre ruban

Non, pas librement. Une cliente qui a commandé une pièce confectionnée selon ses propres spécifications ne dispose d’aucun droit de rétractation, et une commande signée dans votre atelier n’en ouvre de toute façon aucun.

Deux questions décident donc de tout, dans cet ordre. Où la commande a t elle été conclue: dans votre atelier, à distance, ou chez la cliente? Et la pièce est elle réellement personnalisée, patronage à l’appui, ou s’agit t il d’une taille standard légèrement reprise?

Attention toutefois: absence de droit de rétractation ne veut pas dire que vous gardez automatiquement les sommes versées. Ce point se joue sur un seul mot de votre cahier de commande, et c’est là que la plupart des ateliers perdent.

Ce que le code appelle un bien nettement personnalisé

La notion existe, elle est écrite, et elle a été pensée exactement pour des métiers comme le vôtre.

L’exception inscrite à l’article L. 221-28 du code de la consommation

Cet article énumère les contrats pour lesquels le droit de rétractation ne peut pas être exercé. Y figurent les contrats de fourniture de biens confectionnés selon les spécifications du consommateur ou nettement personnalisés.

La logique est simple: la pièce ne peut être ni revendue ni réutilisée pour quelqu’un d’autre. Une veste taillée sur les mensurations d’une cliente, avec sa doublure choisie et son entoilage monté, n’a aucune valeur marchande pour une autre femme.

Le texte consolidé est consultable sur Légifrance, le service public de la diffusion du droit.

Ce qui distingue une pièce sur mesure d’une pièce simplement retouchée

L’exception ne se décrète pas, elle se prouve. Ce qui la fonde, ce sont vos pièces de dossier: la fiche de mesures datée, le patronage établi sur ces mesures, le choix de matière et de modèle consignés, les croquis validés.

À l’inverse, raccourcir des manches sur une veste de série achetée ailleurs n’est pas une confection sur spécifications. C’est une prestation de retouche, et le raisonnement juridique n’est plus le même. La frontière compte d’autant plus que les demandes de reprise et de transformation prennent une place croissante dans les ateliers, comme le détaille notre article sur la place prise par la réparation et la transformation dans le métier de couturière.

Le droit de rétractation n’existe pas dans tous les cas

Beaucoup de couturières croient devoir accorder quatorze jours à toute cliente. C’est une confusion coûteuse, née des habitudes du commerce en ligne.

Vente à distance et vente hors établissement

Le délai de rétractation de quatorze jours ne concerne que deux situations: les contrats conclus à distance, et les contrats conclus hors établissement. Le contrat à distance se forme sans présence physique simultanée, par messagerie, par téléphone, par formulaire. Le contrat hors établissement se conclut en présence des deux parties mais ailleurs que dans votre lieu d’activité, chez la cliente par exemple.

Ces deux cas sont fréquents dans un atelier moderne. Une commande validée par échange de messages après un premier rendez vous, un devis accepté par retour de courriel, une prise de commande au domicile d’une future mariée: vous êtes alors dans le champ, et c’est l’exception du bien nettement personnalisé qui vous protège, à condition d’en informer la cliente.

La commande signée dans votre atelier

Une commande prise dans votre atelier, en présence de la cliente, n’ouvre par principe aucun droit de rétractation, que la pièce soit personnalisée ou non. C’est le cas le plus simple et le plus sûr.

Conséquence pratique: quand un projet se décide à distance, faites revenir la cliente pour signer, ou écrivez noir sur blanc, dans le document qu’elle valide, que la pièce est confectionnée selon ses spécifications et qu’elle ne bénéficie pas du droit de rétractation. Une information donnée après la commande ne rattrape rien.

Ce que vous devez dire avant que la cliente s’engage

L’information précontractuelle n’est pas une politesse commerciale, c’est une obligation, et son absence affaiblit toute votre position en cas de litige.

Les informations précontractuelles de l’article L. 111-1

Avant que la cliente ne soit liée, vous devez lui communiquer de manière lisible et compréhensible les caractéristiques essentielles de la pièce, son prix, votre identité et vos coordonnées, la date ou le délai de livraison, ainsi que l’existence et les modalités des garanties légales.

  • Caractéristiques essentielles: modèle, matière principale, doublure, finitions, nombre d’essayages inclus.
  • Prix: montant total à payer, en distinguant conception, réalisation et fournitures.
  • Identité: nom de l’atelier, forme juridique, adresse, numéro d’identification, moyen de contact.
  • Livraison: une date écrite, ou un délai exprimé en semaines à compter d’un point de départ précis.
  • Garanties légales et coordonnées du médiateur de la consommation dont vous relevez.

La date de livraison et le délai supplétif de trente jours

C’est le piège le plus discret du dossier. L’article L. 216-1 du code de la consommation prévoit qu’à défaut d’indication ou d’accord sur la date de livraison, le professionnel livre sans retard injustifié et au plus tard trente jours après la conclusion du contrat.

Trente jours pour une robe de cérémonie avec toile, deux essayages et broderie main, cela n’a aucun sens. Or ce délai s’applique par défaut, précisément parce que vous n’avez rien écrit. Une date de livraison réaliste, inscrite dans le cahier de commande et acceptée par la cliente, est donc une protection au moins autant qu’une politesse.

Ce délai se construit à l’envers, depuis la date de l’événement, en réservant les créneaux d’essayage et une marge de sécurité. C’est tout l’objet de notre article sur le déroulé complet d’une commande de robe de cérémonie.

Acompte ou arrhes, deux mots qui n’engagent pas la même chose

Vous pouvez avoir raison sur la rétractation et perdre quand même votre avance. Tout tient à la qualification de la somme versée.

Ce que prévoit l’article L. 214-1 du code de la consommation

Sauf stipulation contraire du contrat, les sommes versées d’avance sont des arrhes. L’effet est explicite: chacune des parties peut revenir sur son engagement, la cliente en perdant les arrhes, le professionnel en les restituant au double.

Autrement dit, le silence de votre document joue contre vous. Si vous écrivez seulement premier versement ou avance, vous avez encaissé des arrhes, et la cliente peut renoncer en abandonnant simplement cette somme, quel que soit le travail déjà engagé.

Ce que vous écrivezEffet juridiqueSi la cliente renonce
Rien, avance, premier versementArrhes par défautElle perd la somme et l’engagement s’arrête là
Arrhes, mot écrit et expliquéFaculté de dédit réciproqueVous devez restituer le double si c’est vous qui renoncez
Acompte, mot écrit et expliquéEngagement ferme des deux côtésLa commande reste due, vous pouvez en réclamer l’exécution

Comment rédiger la ligne dans votre cahier de commande

Écrivez le mot acompte, en toutes lettres, suivi du montant, du pourcentage du prix total et de la mention que la commande est ferme et définitive. Dites la phrase à voix haute au moment de la signature, avec la même simplicité que vous annoncez un délai.

Une formulation qui passe bien en atelier: cet acompte engage les deux parties, il me permet d’acheter vos matières et de bloquer les semaines d’atelier nécessaires à votre pièce. La cliente comprend qu’elle achète du temps réservé, pas seulement du tissu, et vous fermez au passage l’une des erreurs de cadrage qui font doubler les heures d’une commande.

La médiation de la consommation, obligation découverte trop tard

C’est l’obligation que la plupart des ateliers découvrent le jour où un désaccord s’envenime, c’est à dire au pire moment.

L’information sur le médiateur avant le litige

Tout professionnel qui vend des biens ou des services à des particuliers doit permettre à ceux ci le recours gratuit à un médiateur de la consommation, et leur communiquer ses coordonnées. Cela suppose d’avoir adhéré à un dispositif de médiation avant toute difficulté, puisque l’information doit figurer sur vos documents.

La médiation ne prive personne du recours au juge. Elle offre une sortie amiable, souvent plus rapide, sur des litiges dont le montant ne justifierait pas une procédure.

Où placer la mention dans vos documents

Trois emplacements suffisent: vos conditions générales de vente, vos devis, et le cahier de commande signé par la cliente. Ajoutez le nom du médiateur, son adresse postale et son adresse électronique.

Le portail de la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes recense les médiateurs référencés et explique la démarche d’adhésion. C’est une formalité annuelle, à traiter une fois pour toutes.

Ce que la réglementation n’impose pas à une couturière

Deux croyances circulent en atelier et méritent d’être corrigées, parce qu’elles freinent des installations.

Aucune qualification obligatoire pour coudre sur mesure

La couture et la confection ne figurent pas parmi les activités soumises à qualification professionnelle listées à l’article 16 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996. Vous n’avez donc pas besoin d’un diplôme précis pour réaliser des pièces sur mesure, contrairement à d’autres métiers artisanaux.

Il n’existe pas davantage d’assurance obligatoire comparable à la décennale du bâtiment. Une responsabilité civile professionnelle reste évidemment recommandée, notamment quand vous détenez des matières coûteuses appartenant à vos clientes.

L’étiquetage de composition et le cas du sur mesure

Le règlement européen sur les dénominations des fibres textiles et l’étiquetage prévoit expressément qu’il ne s’applique pas aux produits textiles confectionnés sur mesure par des tailleurs indépendants. Votre robe unique n’a donc pas à porter l’étiquette normalisée d’un article de série.

Cela ne vous dispense en rien d’informer honnêtement la cliente sur la composition réelle des matières et sur leur entretien. Notez la composition et le mode d’entretien dans le cahier de commande, et remettez une petite carte d’entretien avec la pièce: c’est une information due, et c’est aussi ce qui vous protège quand un nettoyage à sec mal choisi abîme un ouvrage.

Retenez donc quatre points. L’exception du bien nettement personnalisé vous protège, à condition de la documenter. Une commande signée à l’atelier n’ouvre pas de rétractation. Le mot acompte doit être écrit, faute de quoi ce sont des arrhes. Et la date de livraison, les garanties et le médiateur se disent avant la signature, jamais après.

Ces mentions ne s’improvisent pas rendez vous après rendez vous. Le cahier de commande et la bibliothèque de clauses de Mesurine les intègrent au document que votre cliente signe, avec l’acompte, le périmètre de modification et la date de livraison sur la même page. Pour voir le document appliqué à votre façon de travailler, demandez une démonstration de Mesurine ou un devis adapté à votre atelier.

Le même cadre, tenu commande après commande

Mesurine reprend la méthode décrite dans cet article et la tient à votre place : la fiche de mesures, le cahier de commande signé, le prix décomposé, l’acompte daté, les essayages comptés et le délai annoncé. Vous coupez quand tout est écrit.

Portrait de Jimenez Julien, auteur du Carnet de mesures

L’auteur de ce carnet

Jimenez Julien

Jimenez Julien conçoit Mesurine, le cahier de commande des couturières qui réalisent des pièces sur mesure pour des clientes adultes. Il a relu, dans des ateliers français, des dizaines de devis, de fiches de mesures et de comptes rendus d’essayage avant d’écrire la première ligne du produit.

Le parcours de Jimenez Julien et les ateliers visités

À lire aussi

Trois autres pages du Carnet de mesures